Fracasse ou le théâtre éternel

« Il n’existe pas de terre étrangère appelée l’art,
l’art ne crée pas sa propre vérité »
Edward Bond

Adaptation très libre du grand classique de la littérature française, Le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier, ce spectacle itinérant qui se donnera de village en village dans le Trièves, nous conte une histoire invraisemblable dans la France du XVIIe siècle, époque d’injustices et de jacqueries anonymes. Mélange d’humour, d’amour et de tristesse, c’est une vision réjouissante de la vie des comédiens, des histoires de coeur parfois compliquées, des personnages hauts en couleur, des coups de théâtre, des duels spectaculaires et de chants dans la plus pure tradition du roman de cape et d’épée…

Louis XIII, Richelieu et leurs mousquetaires règnent sur Paris. Un noble de province, fier, mais désargenté, se décide à suivre une troupe de comédiens pour rejoindre Paris. Les alea du voyage font qu’il tombe amoureux d’une comédienne et prend la place d’un comédien mort en route.
Le XVIIe siècle ne voit pas les baladins d’un bon oeil, et c’est déchoir pour un noble que de devenir histrion. Le baron de Sigognac prend par conséquent le masque disgracieux du matamore et le nom de Capitaine Fracasse. Mais bon sang ne saurait mentir ! Un duc s’éprend aussi de la femme aimée de Sigognac. Le Baron aura besoin de tout son courage et de toute sa science des armes pour sauver sa belle et rebâtir sa fortune.

« Faire » du théâtre, le lire, le jouer, le mettre en scène, est pour moi un bonheur et une grande chance. Le théâtre que j’aime, celui que je mets en scène, est profondément ancré dans le monde car je pense en effet que le théâtre joue un rôle essentiel pour appréhender la complexité grandissante de nos sociétés. Il ne s’agit pas nécessairement de textes contemporains, – je suis heureux de renouer avec le théâtre de répertoire avec ce Capitaine Fracasse -, ou de forcément parler de l’actualité, mais plutôt de questionner un rapport entre les hommes, le lien entre un lieu théâtral, une représentation et un environnement humain. Comme tous les arts, le théâtre doit sans arrêt se renouveler. Prétendre l’inscrire dans la réalité du monde contemporain, c’est repenser le théâtre dans son contenu, sa forme et son rapport au public. Et cette recherche me passionne.
C’est dans cette mise en cause permanente des relations au texte, des relations entre texte et public, entre comédiens professionnels et comédiens amateurs, que pour moi, se cherche et se réinvente le théâtre d’aujourd’hui.
Je mets en scène un texte, des acteurs, mais également une rencontre, avec le public. Je me considère son hôte, j’organise pour lui une soirée dont j’ai choisi le thème et la manière de l’aborder, c’est toujours avec sincérité et respect que je lui propose de partager ce moment privilégié.

Car, plus que réussir une quelconque performance ou faire admirer une habileté, il s’agit avant tout pour moi d’inviter mes contemporains à partager des émotions, des pensées, des sentiments, à parler du monde tel qu’il est, ou tel qu’on voudrait qu’il soit, à aiguiser nos colères, nos idées sur la politique ou sur l’amour…
Le théâtre reste pour moi un lieu irremplaçable de réflexion où, de tout temps, a pu se risquer la parole.
Le théâtre n’est pas un art comme les autres, fait pour être admiré, objet de spécialiste ou d’érudit réservé à une élite. Même si c’est l’envie ou le souhait de quelques-uns, cela n’est pas possible. Le théâtre est la mise en acte d’une pensée, il prend la parole en son nom, il ne se fait pas pour quelqu’un ou pour un groupe d’individu, mais pour toute la société dans sa diversité. Il occupe l’Agora et s’adresse au monde. Sans le monde, il n’existe pas.
Le théâtre, c’est le lieu d’où l’on voit, c’est le lieu du public. Au théâtre, c’est le public qui fonde, ce qui régit le théâtre, c’est le lieu des gens, c’est l’endroit du peuple ensemble, c’est le lieu commun où se tiennent les hommes réunis. Il n’y a pas de place pour les badauds. D’abord il faut arriver à la même heure. Avoir un peu attendu ensemble. Il faut partager la peur, frissonner à la même plainte, sombrer ensemble dans l’ennui. Il faut pleurer au même suspense, rire avec le voisin quand il rit. Mon voisin et moi sommes emportés pour deux heures dans le même destin, pris dans les mêmes goulées du vent, engloutis dans le même naufrage.
Le théâtre n’est pas une affaire d’art ou de culture. Le théâtre engage l’être des hommes deux heures durant. C’est long, deux heures du monde. »

Denis Gennoun

Comédiens en route pour Paris, mais qu’est ce
qui nous a pris de nous arrêter ici ?! Car nous
vous donnerons un moment de joie incroyable,
nous vous offrons drames et passions insoutenables
à vous rouler dessous la table
amour duels péripéties
et toutes sortes de fôleries
vous chiâlerez comme des perdus
et si l’argent vient à vous manquer
ce qui hélas, peut arriver
en nature vous pouvez payer
un saucisson sera bon
un quignon de pain sera bien
gare à celui qui ne vient pas au théâtre ce soir
n’importe quoi à manger ou à boire .»

Scapin, scène 4.

Michel Dibilio

Publié dans : ||le 1 février, 2008 |Pas de Commentaires »

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